CR 85-09

ADHESION DE LA REGION AU SYNDICAT MIXTE AUTOLIB’

Monsieur le président, chers collègues.

Nous voilà devant un rapport incompréhensible pour certains. On nous propose d’adhérer au syndicat mixte et de financer à hauteur de 4 millions d’euros le système Autolib de Paris.

Partout dans le monde, il existe des systèmes d’Autopartage. Au pied de votre immeuble, dans un parking de votre quartier, plusieurs voitures sont partagées entre voisins. On prend une voiture comme on prendrait la sienne propre. On l’utilise, on la remet au parking. Ces voitures partagées entre voisins font partie de ce qu’on appelle un réseau d’autopartage. Cela existe à Lyon, Villeurbanne, Marseille, Lille, Strasbourg, Toulouse, Mulhouse, Colmar, Sélestat, Saverne. Et il existe ici, aujourd’hui 5 sociétés différentes à Paris, avec 250 stations et plusieurs milliers d’utilisateurs.. Ce sont Caisse-Commune, Okigo, Mobizen, Carbox et Connect.

Que l’on ne s’y trompe pas le dossier présenté est très différent. On prend une voiture sans réservation préalable. Une fois monté, oui une fois monté seulement on réserve l’emplacement libre le plus près de sa destination finale. Il peut être à 300m, comme à 1km. Les utilisateurs de Vélib connaissent bien la difficulté, parfois, de trouver un emplacement proche. Et là, il y aura beaucoup moins de places. Ce système est abusivement appelé Autolib par la ville de Paris. Je dis abusivement, car Autolib existe déjà à Lyon, mais ça n’a rien à voir. C’est de l’Autopartage à Lyon, créé par l’Association LVA, La Voiture Autrement, adhérente de la FNAUT, et opposée au système Autolib Parisien. Nous sommes pour l’Autolib lyonnais, qui est de l’autopartage, pas pour l’Autolib parisien.

Pourquoi y sont-ils opposés ?

Quand on loue une voiture en autopartage ou un vélo avec le même principe comme ça se fait à Strasbourg, on est responsable du véhicule jusqu’à son retour au parking initial. Tandis que lorsqu’on le laisse dans la rue, tous les accrocs, dégâts sont imputés à des passants dans la rue, et jamais au dernier utilisateur du véhicule. A Strasbourg, les vélos loués coûtent 300€ par an par unité à la collectivité. Tandis que le Vélib à Paris, ou même le Bixi à Montréal, coûtent 3000 €. Soit 10 fois plus. On peut imaginer le coût pour les collectivités des voitures qui seront laissées dans la rue.

Il existe un seul endroit en Europe avec un tel système. C’est la ville d’Ulm en Allemagne, où il n’y a pas de problèmes de stationnement. On gare sa Smart où on veut. En revanche, c’est extrêmement surveillé. Une puce magnétique est fixée sur le permis de conduire, et le Central sait constamment où sont les voitures, et où en est votre permis de conduire.

Nous avons là un 2e problème. Quelqu’un sans permis pourra-t-il louer une voiture ? Et s’il tue un piéton, les collectivités seront-elles tenues pour responsables ? Ne mentons pas à nos concitoyens. On ne pourra pas disposer d’une voiture comme on dispose d’un Vélib.

Quel sera le public de ce nouveau système ? Les habitants de Paris et de la banlieue proche. Ceux qui ont déjà des métros jusqu’à minuit et même 2h du matin le week-end, ceux qui ont des Noctiliens qui tournent toutes les 10 minutes, ceux qui ont des Vélib. Encore une fois, il y a une distorsion territoriale, envers la moyenne et grande banlieue qui n’a rien de tout ça, et qui n’a même pas d’autopartage.

Le prix. On nous dit ce sera 5€ la _ heure, plus 15€ par mois. Ce qui fera en moyenne 7 à 8 € par course. C’est le prix en journée pour faire soit 5 km soit 20 minutes en taxi, de porte à porte. J’ai connu une personne malade. Un taxi venait la prendre chez elle devant sa porte, près de la Cité Universitaire, et l’emmenait devant la porte de l’hôpital St Joseph. Elle payait 6 euros. Elle aurait refusé de marcher 500m pour prendre une Autolib. Et elle aurait refusé de garer son Autolib à 500m de l’hôpital. Le prix d’un taxi pour une course jusqu’à 31km/h de moyenne est de 27 €/h. pour une course au-delà de 31km/h de moyenne, c’est un prix au km, à 86c le km.

Oui, il y a mieux comme service, pour le même prix en courte distance. C’est le taxi, qui va plus vite, qui ne reste pas dans les embouteillages, car il prend les couloirs de bus. Et il fait du porte à porte.

Admettons que vous ayez trouvé une Autolib pour l’aller.

Et au retour ? Soit vous laissez votre véhicule et vous prenez le risque de ne pas le retrouver, ce qui vous obligera à chercher la station de bus ou la borne de taxi la plus proche.

Soit vous gardez la voiture pendant votre course ou votre rendez-vous. A 10 € de l’heure c’est cher. Les tarifs des 5 sociétés d’autopartage sont nettement moins chers, à 4 euros de l’heure et 35 centimes du kilomètre environ. Par exemple, il y a 2 stations d’autopartage, près de la région, au métro Sèvres Babylone et Place de Breteuil. Vous y prenez une voiture ce soir. Vous faites 30km aller-retour. Vous revenez demain matin.. Il vous en coûtera 20€.

Oui, le public qui a déjà une voiture ne se laissera pas facilement convaincre. D’ailleurs, les chiffres du rapport sont explicites. Plus de 50% de personnes intéressées n’ont pas de voiture. C’est du report modal à l’envers. C’est un système anti-Grenelle de l’Environnement pour que les utilisateurs de transports en commun prennent une voiture. Alors qu’au contraire 30% des utilisateurs de l’Autopartage ont abandonné leur voiture ou l’une de leurs 2 voitures.

La grande couronne n’aura rien. Soyons justes. Il vaut mieux aider les 5 entreprises d’autopartage à s’installer en banlieue. En bout de ligne, ou en gares intermédiaires. Les installer dans toutes les villes préfecture, c’est quand même prioritaire. Saverne, Sélestat, Obernai et Molstein ont de l’autopartage, et pas Bobigny, Meaux, Pontoise ni Créteil, ni Melun. Pourquoi ?

Dernier point la voiture électrique. C’est un marché futur. Mais une niche. Signalons d’abord que les batteries devraient être rechargées la nuit, au moment où l’électricité nucléaire est surabondante et quasiment gratuite et non en fin d’après-midi, quand EDF achète à l’étranger de l’électricité 10 fois plus chère, et souvent produite à partir du charbon. La voiture électrique oui, pour les flottes de véhicules publics par exemple. Elles seront rechargées la nuit. Nous sommes opposés à l’installation de chargement de jour dans la rue, comme il est proposé dans le rapport. De jour, il faut privilégier l’échange de batteries. Batteries chargées la nuit.

Dernière chose. Une voiture électrique, où est-on ? On n’est pas dans le sud ! Un chauffage électrique, lent à mettre en route, va prendre beaucoup de puissance. Croyez-vous que les conducteurs accepteront en hiver de monter dans une voiture où il faudra plus de temps pour dégivrer l’intérieur que l’extérieur ?

C’est un rapport qui à notre avis a beaucoup trop de défauts.

Pour les courtes distances, le taxi est mieux et plus performant pour le même prix.

Pour une utilisation dépassant l’heure, l’autopartage est plus intéressant.

Le public visé est essentiellement un public sans voiture. C’est donc une proposition qui va à l’encontre du Grenelle de l’Environnement.

Le fait de laisser les voitures dans la rue déresponsabilise et rendra le coût de ce système très élevé. La vérification du permis de conduire va empêcher et alourdir l’utilisation spontanée.

Les recharges électriques de jour, qu’on nous demande de financer sont une aberration écologique.

Enfin, l’inégalité territoriale est manifeste. Elle justifie, à elle seule, de revoir ce projet. C’est en grande banlieue qu’il manque des offres de transports. Vous nous auriez proposé d’étendre les 5 sociétés d’autopartage parisiennes sur 1000 stations en grande banlieue, nous aurions dit Oui !

Mais là, nous voterons contre ce rapport.

Monsieur le Président, chers collègues, je vous remercie.