Le centre CEA de Fontenay-aux-Roses, créé en 1946, est situé en bordure des communes de Châtillon et du Plessis-Robinson, dans le département des Hauts-de-Seine. Il occupe une superficie de 13,8 hectares, et abrite la première pile atomique du continent européen, « Zoé ». Deux générations d'installations nucléaires ont été exploitées jusqu'en 1995, pour le développement du procédé de retraitement du combustible nucléaire. (Source ASN)

La commission est une émanation du Conseil général des Hauts-de-Saine (92) et une trentaine de personnes y siègent, dont deux Verts de communes avoisinantes, l'un des deux pilotant le groupe de travail "Sciences et technologie". Également bien sûr des responsables du CEA et de l'ASN (Autorité de sûreté du nucléaire).

Cette réunion s'est tenue en deux temps, une première partie sur le chantier de démantèlement lui-même et les questions soulevées par les groupes de travail auprès du CEA, la seconde partie étant consacrée à un exposé détaillé sur la catastrophe nucléaire de Fukushima de la part de l'IRSN (Institut de Radioprotection et de sûreté nucléaire, le bras opérationnel de l'ASN).

Le démantèlement a démarré en 1995 et se poursuivra jusqu'en 2018, si aucun aléas ne survient. Cette question des risques, des aléas pesant sur le calendrier a été beaucoup évoqué par le CEA. Les autres mots récurrents étant "c'est compliqué", "c'est complexe".

La transparence, si elle est sur toutes les lèvres, peine à de traduire en informations concrètes. Il a fallu 20 minutes de renouvellement de la même question pour que les responsables du CEA traduisent le terme "source" qu'ils utilisent en "plutonium", "oxyde de plutonium" et "césium". On ne sait toujours pas exactement de quelles quantités exactement, quelques dizaines de grammes pour le plutonium.

Ce qui nous a frappé :

  • Le coût est pharaonique : 1 milliard d'euros environ au total (chiffre déduit du chiffre donné de 450 millions d'euros environ à partir de maintenant, hors "aléas").
  • Les filières de traitement des déchets radioactifs sont engorgées, cause principale du retard conséquent pris par le chantier ("Grenoble est passé avant nous"). Ce retard a pour conséquence qu'il va falloir continuer à entretenir les installations à Fontenay-aux-Roses, qui avaient été prématurément considérées comme devant être abandonnées rapidement et donc moins entretenues (vétusté, ventilation, infiltrations), avec quelques incidents soulevés par les groupes de travail.
  • Les déchets vont voyager, d'entrepôts en entrepôts, de Fontenay-aux-Roses à Saclay ou Cadarache, avant d'être stockés ou traités.
  • La dotation budgétaire de l'État est en baisse.
  • Il y a également des métaux lourds à retraiter/stocker. Pour l'instant, ils sont évacués à petites doses dans l'environnement (c'est-à-dire finissent en partie dans l'eau de nos robinets).

Ce qui est inquiétant, donc, c'est le manque d'anticipation et l'impréparation de toute la filière. Et il ne s'agit que d'une petite installation ! C'est seulement maintenant que l'on se pose les vraies questions liées au démantèlement, une fois face au mur. La leçon à en généraliser, c'est qu'il sera impossible de démanteler les centrales françaises (chantiers ô combien plus importants) une fois arrêtées ; tout restera sur place, à la charge de nos descendants pendant des milliers d'années (le site de Fontenay-aux-Roses devra rester sous surveillance constante pendant 300 ans).

Personne ne connaît aujourd'hui le véritable coût du nucléaire. Les contre-vérités à ce sujet s'accumulent, mais elles étaient dévoilées par les acteurs du CEA ce soir-là, confrontés à leur difficultés réelles à faire avancer ce chantier. "Ingénierie" sonnait comme "ingénuité".

L'horreur de Fukushima a été exposée également, par l'IRSN, dans tous ses détails. Contrairement à l'époque de Tchernobyl, le mot d'ordre maintenant est "transparence". On reste sans voix quand on réalise le degré de la catastrophe japonaise. Mais ce qui est vraiment inquiétant, c'est que la leçon tirée par la France consiste en l'accélération des travaux du "Comité directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle" de l'ASN, le CODIRPA. Le discours officiel a glissé de "ça ne peut pas arriver" à "ça peut arriver" (sic).

Qui résonne de façon atterrante comme un "ça va arriver".

Merci par avance pour vos commentaires avec plus d'informations si vous en avez.