Estimation de l'impact lié à l´exposition chronique aux particules fines sur la mortalité par cancer du poumon et par maladies cardio-respiratoires en 2002 avec projections d´ici 2020.

Pollution atmosphérique urbaine : une étude stigmatise les véhicules

(Le Monde du 6 mai 2004)

La pollution atmosphérique urbaine, liée en grande partie aux rejets polluants des voitures, serait responsable chaque année de la mort de 4 876 personnes en France, selon un rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire environnementale (Afsse).

Sur son site, où l'étude est en accès libre, l'Afsse précise que chacun peut en commenter les résultats.

Au terme d'un travail de huit mois coordonné par l'Afsse, deux rapports scientifiques sur l'impact sanitaire de la pollution atmosphérique ont été élaborés par des groupes de travail distincts. Ils ont cependant été conçus de manière complémentaire.

UNE TAXE POUR TOUS LES VÉHICULES

Le premier situe les enjeux en termes de santé publique, en proposant une estimation, à travers la littérature disponible, de l'impact sur la santé d'une exposition chronique aux particules fines présentes dans l'air dans 76 agglomérations urbaines françaises.

Au-delà de la mortalité globale, qui est généralement la seule prise en considération, la mortalité par cancer du poumon et celle par maladies cardio-respiratoires ont dans ce rapport été retenues comme indicateurs sanitaires pertinents.

Les experts de l'Afsse ont calculé que de 6 à 11 % des décès par cancer du poumon chez les plus de 30 ans seraient dus aux rejets de particules polluantes dans l'atmosphère. Ils sont entre 347 et 1 713 victimes par an, auxquels s'ajoutent les maladies cardio-respiratoires, dont 7 % seraient directement imputables à la pollution urbaine.

Selon le rapport, la moitié des particules ultra fines "qui viennent se loger dans nos bronches sont recrachées par les voitures et les poids lourds".

Les auteurs de l'étude estiment à 900 000 euros le coût de chaque décès lié à la pollution atmosphérique. "Les conséquences néfastes engendrées par le trafic automobile sont supérieures aux montants payés via les péages et la fiscalité sur les carburants", lit-on dans le rapport.

La seconde étude répond au premier rapport en s'attachant, cette fois, à étudier un ensemble de mesures de nature à contribuer à la poursuite de la réduction des émissions des polluants et des expositions de la population en milieu urbain.

Les experts préconisent, des mesures pour "diminuer l'exposition de la population". Ils prônent notamment une taxe sur tous les véhicules en fonction de leur consommation énergétique et de leur taux d'émission de polluants.

Ils préconisent aussi l'obligation pour les poids lourds diesel de s'équiper de filtres à particules, le développement des transports en commun et du ferroutage, ou encore la limitation des voitures dans le centre-ville.

Selon l'hebdomadaire Le Point à paraître ce jeudi, ce rapport aurait dû être rendu public lundi, "mais le cabinet du premier ministre tout comme le ministre de l'écologie s'y sont opposés". "Ce document est embarrassant pour le lobby automobile", explique, sous couvert d'anonymat, un fonctionnaire du ministère de la santé, dont les propos sont cités par le magazine.